Nous l’avons vu, la BD africaine et afro descendante a une grande histoire derrière elle. Cela constitue l’une des raisons de l’essor qu’on lui connait aujourd’hui, en plus d’un certain essoufflement des genres occidentaux et du coup de pouce donné par l’éclosion des personnages noirs dans les films de super-héros.

crédit image: Lepoint.fr

La thèse selon laquelle même si les bédéistes Africains ont un talent indéniable, il est impossible de leur reconnaître une patte graphique singulière, peut être justifiée par l’influence que les auteurs Africains reconnaissent eux-mêmes ressentir, et ce, de la part des trois plus grands formats internationaux.

L’influence de la ligne claire

Il est évident que le 9ème art du continent Africain a longtemps été très influencé par la BD Franco-belge. Les différents styles graphiques des auteurs de BD s’y apparentaient pour l’essentiel à ce qui se faisait en Europe. En effet, les premiers bédéistes africains semblaient presque tous influencés par ce genre en vogue alors.

Produit essentiellement en Europe, en particulier dans les pays francophones, la BD Franco-Belge a pour standard: des images larges et une lecture horizontale et en particulier un style graphique de la ligne claire. Dès les années 1920, ce genre se répand grandement à travers le monde, avec des œuvres cultes comme Astérix, écrit par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, et Tintin, réalisée par Hergé.

Très épuré que ce soit au niveau des cases ou des phylactères et même de la colorisation. Tous les éléments graphiques ou phylactères sont sensé rester l’intérieur des cases. Nous mentionnerons donc des œuvres Africaines telles que Le retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet de l’artiste Al’Mata de RDC suit clairement le courant graphique de la ligne claire.

Découvrez les aventures hilarantes d’Alphonse Madiba

Au Cameroun, nous pouvons citer des auteurs comme Almo The Best ou encore Bibi Benzo, dont le style graphique comporte beaucoup des codes de la ligne claire.

Une expression populaire au Cameroun qualifie d’ailleurs les dessins animés de « tintins », c’est dire! Alors quoi de plus normal pour ceux qui se lancèrent dans la BD moderne, que d’être influencés par ce style qui constituait l’essentiel des productions de l’époque (On produit presque toujours ce que l’on consomme).

La caricature est également adoptée par bon nombres de dessinateurs car c’est presque le seul moyen d’expression pour les dessinateurs qui ne pouvaient exister que par la presse.

Il s’agit donc du premier grand format influençant les bédéistes Africains. L’autre grande influence viendra des Etats unis d’Amérique.

L’influence du style des « super-héros »

En 1938 lorsque superman apparaît dans un Action comics aux Etats-Unis, commence ainsi  ce qui est communément appelé ” L’âge d’or des comics ” en Amérique. Un peu plus tard, les comics se popularisent dans le monde entier et ses standards sont neuf images par pages pour une progression rapide de l’histoire. On y joue beaucoup avec la disposition des vignettes.

Copyright HAG ?2007

Etant d’origine anglophone, il n’est pas étonnant de voir que beaucoup de comics ont vu le jour depuis son essor dans les pays Africains d’expression anglaise. Well, In this order of ideas, Le corollaire de cette invasion est une influence certaine sur les productions de ces pays qui s’adonnent beaucoup à la création de super-héros à l’image des grands studios américains comme Marvel, DC ou encore Image. En effet, comme l’a reconnu Jide Martin, fondateur de comics republic (une maison d’Edition nigériane), il a été bercé par les super-héros de comics américains tels que Superman, Spiderman ou encore Iron-man.

Il n’y a pas pas seulement le cas de Comics republic mais aussi de nombreux éditeurs comme YouNeek Studios, Epoch Comics, WildFire, Taniart Conceptz, ShadowBlack Comics et plus encore, qui racontent les histoires de super-héros nigérians qui sont d’ailleurs de plus en plus connus.

En effet, quand on analyse graphiquement des œuvres comme : Vanguard de José Martin et Amadioha de Tobe Max Ezeogu on peut clairement voir les codes des comics: mâchoire carrée, personnages super musclés, basés sur les canons anatomiques grecques, le tout illuminé par des couleurs assez éclatantes.

Au Cameroun aussi on peut citer des héros comme Kamer Boy, de Yannick Deubou et Paul Monthe, qui à quelques spécificités près, s’inspire beaucoup de l’univers du Comics.

KAMER BOY, Le super héros Taximan!

C’est également le cas d’ ALIYA de Zebra comics, dont ressort plusieurs caractéristiques liées au style comics.

Découvrez Aliya maintenant, en français et en anglais

Enfin, le troisième grand format qui est très en vogue aujourd’hui, et qui influence certainement bon nombre des auteurs Africains qui le consomme est le Manga.

L’influence venue de l’empire du soleil levant.

Pour les plus jeunes dessinateurs Africains, on ressent une certaine influence du Manga. En effet, le manga a littéralement envahi le monde ces dernières années. Le terme de manga est utilisé au quotidien pour désigner toutes les œuvres qui s‘approchent d‘un manga japonais, que ce soit au niveau du graphisme comme au niveau du style. Le standard du manga est d’une ligne –guide horizontale épaisse, insistant sur la lecture image par image, à partir de la droite. Il se caractérise aussi par de très grands yeux qui occupent une majeure partie du visage du personnage et qui font la plupart de ses expressions, une exagération des expressions et émotions.

Au Maghreb, Le tout premier éditeur de Mangas est Z-link, maison d’édition Algérienne créée en 2007 par Salim Brahimi. Ils créèrent des albums comme Sardar (Amine Ben Ali) et The victory road (Oudjiane Sid Ali) en 2010.

En Afrique de l’ouest, la plateforme numérique Amadiora créée en 2018 par trois jeunes étudiants ivoiriens vivant au Japon et qui compte plusieurs mangas parmi les titres de leur catalogue : Placman de Cénack Winchester, Beyonda d’Alex Bakankumu, La planète Takoo, etc.

En RDC, qui fut longtemps sous influence franco-belge, la jeune génération se tourne de plus en plus vers le style graphique propre au manga. C’est le cas de Gaël Sefu (auteur de Macho, et Miye : le gardien de Lumière), Alex Bakankumu (Zaïrois), Glody Makiese (Cronos), Israël Inghoy (Motema) et Elvis Bahati (Paradis Noir).

Au Cameroun, un des premiers pays d’Afrique subsaharienne à lancer une revue spécialisée en Mangas fut lancé la revue Afro shonen, en 2014 par B.L Bindzi. A côté du magazine Afro-shonen, il existe le célèbre magazine Bikangas, édité par Kamaloontoons et qui en est à sa 12e année d’existence. Il a d’ailleurs mis en avant l’oeuvre Ivu-Man de Martini Ngola, dont le style particulier traduit plusieurs influences parmi lesquelles le Manga.

Découvrez Ivu Man, la BD de l’heure.

Nous avons également 3AG Magazine du collectif 3AG, qui eux pour le coup, assument totalement et réclament d’ailleurs l’influence du manga sur leurs productions.

Découvrez le manga made in Camer avec le magazine 3ag

En gros, le style franco-belge premier parmi tous, s’est propagé dans le monde durant la guerre et a servi de pierre fondatrice dans le secteur de la bande dessinée en Afrique. Dans le registre de la presse, le dessin exagéré dit cartoon qui a déjà connu un grand succès en Occident arrive dans les années 2000 et inonde la presse africaine. Nous avons déjà parlé du magazine le Popoli qui va attirer le lectorat jeune (voir article 1/3). Plus tard, la montée des comics book et du manga aura un succès fulgurant auprès de jeunes africains qui vont s’inspirer de ces géants et les adapter aux histoires africaines et afro-descendantes pour devenir ce qu’on appelle de nos jours de l’Afro-Comic et de l’Afro-Mangas ou Manga-Africa comme certains préfèrent .

Certes, l’influence des formats internationaux de BD sur les auteurs Africains est indéniable. Mais être influencé signifie t-il que l’on ne puisse pas avoir d’identité propre? Que nenni, et nous allons le démontrer. A suivre.

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