Nous sommes donc d’accord (NOUS, mis pour ceux qui sont avec nous depuis hein. Autrement retourne à la SIL, ici c’est le CP) sur le fait que l’influence des autres genres de BD sur les BD produites en Afrique est indéniable. Mais est-ce à dire que la BD Africaine n’a rien d’original, aucune identité propre, rien à apporter ? FAUX! Et ce ne sont pas des Africains comme nous qui allons arriver à une conclusion aussi grave.

Influence et non dépendance.

Puisque dans les articles précédents, nous avons démontré que la BD ne date pas d’aujourd’hui en Afrique, bien au contraire, évacuons des idées fausses sur notre ère (nous sommes en mission parce que l’heure est grave).

Il faut déjà savoir que tous les styles artistiques ou presque sont influencés! En effet, la fameuse « ligne claire », style graphique réputé pour sa grande lisibilité entre autres caractéristiques, est issu de la synthèse de plusieurs influences françaises et américaines d’avant-guerre (in BD, mangas et comics : différences et influences de Jean-Paul Gabilliet).

La Bande Dessinée américaine quant à elle s’inspire des canons de beauté de la mythologie grecque. Surtout en ce qui concerne les comics de super-héros où, comme dans la mythologie grecque, on fait l’apologie de la force démesurée et du héros aux origines quasi-divines ou mystiques, l’unicité de l’être qui sauve les autres.

Enfin, quand bien même l’origine du Mangas remonte au XIIIe siècle, l’influence occidentale dans son développement est indéniable. Cela se confirme avec l’apport de caricaturistes européens comme Wirgman ou encore Ferdinand Bigot dans la presse japonaise, source des mangas modernes.

Cela dit, si la caricature et la BD franco-belge telles que faites à l’étranger, sont des sources d’inspiration de ce qui a été et continue d’être fait en Afrique, il existe des spécificités qui lui propres à notre continent.

Dans une seconde idée, certes, les bédéistes africains et ceux anglophones en particulier se sont beaucoup inspirés des comics américains avec ses super héros; Mais il n’en demeure pas moins clair qu’en lisant un comics africain comme ERU, on n’a pas du tout l’impression d’être en Amérique du nord.

Une mosaïque est une forme d’art

Il existe donc bel et bien une identité sur le fond, mais pas que, car une forme composite n’en est pas moins unique.

En lisant les bandes dessinées nigérianes par exemple, on peut ressentir l’identité nigériane avec l’utilisation d’expressions et de langues nigérianes (yoruba, haoussa, Igbo, pidgin) ; Le premier est l’usage de dialectes et de particularismes linguistiques comme le Cam-franc-anglais du Cameroun qu’on retrouve dans les BD comme Bitchakala

Que dire de la mise en valeur du folklore, la mythologie et l’histoire africaine en général ? C’est un bon moyen de célébrer la riche culture Africaine sous une forme créative. A cet égard, il n’est donc pas surprenant que le folklore Africain continue d’inspirer les bandes dessinées du continent. Certaines d’entre elles les racontent fidèlement, pendant que d’autres les modernisent et les combinent dans des mondes de science-fiction similaires au nôtre, mais peuplés de créatures et de couleurs incroyables. Au Cameroun, nous avons les deux tomes de MULATAKO de Reine Dibussi qui dépeignent le folklore Douala, et en Afrique du sud, KARIBA de Daniel Clarke.

Au Cameroun, Le collectif Touanga constitué d’artistes dessinateurs et scénaristes de BD entendent rendre un véritable honneur à la culture africaine notamment celle de l’ancienne Egypte, en proposant une alternative au Manga “classique”. Dans leur œuvre phare Neterou, les artistes Kemet Zanga et NANO, utilisent les codes du Manga mais uniquement au niveau de la forme car le fond serait essentiellement destiné au patrimoine culturel multiséculaire d’Afrique.

Dans le même sens, Pierre Lungheretti, directeur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême qui a organisé en janvier 2021 une exposition sur le 9art en Afrique, estime que les jeunes bédéistes africains ont un style propre, qu’il a qualifié de « Syncrétique ». Pour lui, « Ces auteurs ont digéré la ligne claire franco-belge, les mangas et les comics, en apportant leur propre singularité, notamment une exubérance dans le traitement des situations ou des couleurs ».

On peut, dans une certaine mesure, souscrire à cette thèse. En effet, un mélange de style peut toujours donner un style, à l’image des étoffes que l’on porte ou encore de notre patrimoine culturel. Riche et varié! Mélangez du vin de raphia à de la bière, ce n’est plus du vin de raphia ni de la bière. C’est une nouvelle liqueur (A consommer avec modération soit dit en passant).

Le style Africain de BD ou le syncrétisme

En Afrique du Nord, les styles graphiques s’inspirent directement de l’esthétique des trois principaux marchés du neuvième art : la BD franco-belge, les comics américains et le manga japonais. En y ajoutant la tradition ornementale du monde arabe.

HSHOUMA de Zainab Fasiki
Paroles d’honneur de Slimani et Coryn
Du sang sur les mains de Tahya El-Djazaïr, tome 1

Les bandes dessinées africaines actuelles sont dominées par le genre fantastique, de nombreux créateurs jouant avec le riche héritage surnaturel du continent. Des bandes dessinées comme Eru et Aje de Comics Republic en sont des exemples typiques. Les bandes dessinées de science-fiction et de super-héros sont un autre genre populaire, la plupart des bandes dessinées de super-héros incorporant également beaucoup de fantaisie avec toujours, une espèce de mélange des genres.

Au Cameroun, il existe bon nombre de BD qui sortent et qui ne peuvent être rangées dans aucune case. C’est le cas par exemple de Genki de Eddy  Scar, Katongo Relics Of A Broken Empire de Azeh Asang et Azenwie Azang ou encore TSSST ! de Théodore Ekane.

En définitive, la Bande dessinée Africaine de par son évolution, a été imbriquée et influencée par les genres de BD célèbres tels que Le style franco-belge, les comics et le Manga. Ce qui peut laisser penser que du fait de cette influence, elle n’ait pas de style propre, original. Nous pensons bien évidemment qu’il s’agit là d’une assertion discutable voire inexacte et injuste dans la mesure où en s’inspirant des styles de BD issus des autres continents, elle a su se façonner un style propre à l’identité narrative et graphique particulière. Mais s’il faille proposer une construction d’un style totalement indépendant et encore jamais vu ailleurs, il existe toujours des pistes de solutions.

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